Comment lâcher prise quand on a besoin de tout contrôler ?
« Je n’arrive pas à lâcher prise. » C’est l’une des raisons les plus fréquentes pour lesquelles on vient me consulter. Mais concrètement, lâcher prise, qu’est-ce que ça veut dire ? Et comment fait-on ? Le sujet est si vaste qu’il n’existe ni règle ni définition partagée. Avant de chercher comment lâcher prise, il faut donc savoir sur quoi.
Ma réponse courte : on commence à lâcher prise le jour où l’on regarde ce besoin de tout tenir comme un doudou. Il nous rassure, exactement comme un doudou rassure un enfant. Et un doudou, on ne l’arrache pas d’un coup : on apprend, petit à petit, à s’en passer. Il faut donc aller voir de quoi l’on cherche à être rassuré, puis se donner les outils pour ne plus en avoir peur.
Avant tout, préciser : trois questions à vous poser
En début de séance, je pose toujours ces trois questions. Vous pouvez y répondre dès maintenant.
1. Dans quelles situations aimeriez-vous lâcher prise, sans y parvenir ?
Cette question situe le problème : où, avec qui, à quel moment.
2. Cette difficulté se retrouve-t-elle au travail, à la maison et avec vos proches ?
Beaucoup répondent d’abord non, puis s’aperçoivent que la même difficulté revient partout. Un mécanisme n’a pas de frontière : il ne s’arrête ni à la porte du bureau, ni à celle de la maison.
3. Pouvez-vous dire ce que vous voulez sans utiliser les mots « lâcher prise » ?
Commencez par « J’aimerais être capable de… » et écrivez trois ou quatre phrases, les plus concrètes possible. Plus elles sont précises, plus on voit clairement ce qui bloque.
Ne pas arriver à lâcher prise, c’est souvent tout tenir
Je ne connais pas votre situation, mais je peux vous parler de celle que je rencontre le plus souvent : dans la grande majorité des cas, la difficulté à lâcher prise vient de l’hyper-contrôle.
Le mot le dit lui-même. Si l’on n’arrive pas à lâcher, c’est qu’on tient. Et on tient tout : un emploi, un couple, à bout de bras. On fait tout, tout le temps, on gère pour tout le monde. On anticipe sans arrêt, avec un plan A, un plan B et un plan C pour chaque chose. Le sommeil s’en ressent, on a du mal à s’endormir, et le moindre choix finit par peser.
« Si je ne le fais pas, il ne le fera pas »
J’entends souvent cette phrase. Quand on creuse, la réalité est différente : il le fera, mais pas aussi vite, et pas de la même façon.
Les personnes dans l’hyper-contrôle ont du mal à accepter qu’une tâche soit faite avec une autre méthode ou à un autre rythme que le leur. Voir quelqu’un faire autrement les met tellement mal à l’aise qu’elles préfèrent s’en charger elles-mêmes.
D’où vient ce besoin de tout contrôler ?
Le contrôle rassure. Ces personnes n’ont souvent pas appris, enfant, à vivre les émotions désagréables. Certaines ont été protégées par leurs parents de la plupart des moments douloureux, ou n’ont presque jamais été frustrées. D’autres ont grandi avec des parents eux-mêmes très contrôlants.
Devenu adulte, on ne sait donc pas quoi faire d’une émotion désagréable ou douloureuse. Alors on essaie de contrôler tout ce qui arrive, pour ne jamais avoir à la ressentir. Cela demande d’anticiper, de prévoir, de vérifier.
Au début, c’est plutôt un atout : ces personnes gèrent, pensent à tout, et on les apprécie pour ça. Mais c’est une illusion, car personne ne contrôle la vie. J’explique pourquoi nous cherchons tant à éviter certaines émotions dans l’article « C’est plus fort que moi ».
Quand le contrôle devient un piège
Le contrôle apaise. Le problème, c’est qu’avec le temps, il en faut toujours un peu plus pour obtenir le même apaisement. C’est une image, pas un diagnostic, mais c’est ce que décrivent beaucoup de personnes que j’accompagne.
Si ces lignes vous parlent, comparez-vous à la personne que vous étiez il y a cinq ou dix ans. En général, le contrôle n’a pas explosé en deux ans. Il a augmenté petit à petit, et l’écart sur dix ans est important.
On peut vivre toute sa vie dans l’hyper-contrôle sans que ce soit un problème. Il le devient quand il faut en rajouter sans cesse. Le mot qui revient le plus en séance, c’est « chiante » : « Je suis devenue chiante dans mon couple. » Avec lui vient un épuisement profond, celui de ne pas savoir réagir autrement.
Ce que « comment lâcher prise » veut vraiment dire
Derrière cette question, j’entends le plus souvent : « Comment faire autrement ? » Et une fois précisée, elle devient très concrète :
- « Comment ne plus être celle qui gère tout, tout le temps ? »
- « Comment laisser mon conjoint remplir le lave-vaisselle, même s’il ne le fait pas comme je le voudrais ? »
- « Comment laisser ma fille sortir habillée comme elle l’entend, sans avoir honte de l’image que ça renvoie ? »
- « Comment ne pas repasser derrière un collègue parce que son travail n’est pas parfait ? »
- « Comment je fais pour me foutre la paix ? »
Par où commencer ?
Si le contrôle est un doudou, la première étape consiste à regarder de quoi il vous rassure. De la peur que les choses soient mal faites ? Du regard des autres ? De l’imprévu ? D’une déception ?
La seconde consiste à vous donner les outils pour ne plus avoir peur de ce que vous redoutez. C’est là que l’action entre en jeu.
Lâcher prise, concrètement : ma méthode
Ma méthode s’appuie sur le fonctionnement de l’inconscient. Changer d’un coup déclenche aussitôt ses défenses : les peurs, les doutes, l’envie de tout reprendre en main. On avance donc par petites actions régulières, par exemple laisser le lave-vaisselle tel que votre conjoint l’a rempli. Peu à peu, l’inconscient s’habitue à cette nouvelle façon de faire et cesse de la vivre comme un danger. Je détaille cette méthode dans cet article.
Ce profil représente sans doute 60 à 70 % des personnes que j’accompagne dans mon programme. C’est aussi celui qui obtient les meilleurs résultats : ces personnes appliquent la méthode avec tant de sérieux qu’il y a un vrai avant et après.
Ce n’est pas une fatalité
Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, retenez ceci : c’est une situation que vous vivez aujourd’hui, pas une fatalité. On en sort.
J’ai accompagné beaucoup de femmes qui organisaient chaque week-end, tenaient leur maison à la perfection et ne laissaient aucune place à l’imprévu ni aux surprises. Aujourd’hui, elles vivent. Le plaisir passe avant le « il faut », le ressenti avant l’action. Un fonctionnement « bien plus léger », pour reprendre leurs mots.
Il n’y a pas de fatalité, seulement un système à déconstruire.
En revanche, je ne crois pas qu’on puisse lâcher prise uniquement par la parole, en lisant ou en écoutant des professionnels. Cet article peut vous aider à y voir plus clair, mais il ne suffira pas. Pour faire bouger ce fonctionnement, il faut passer par l’action.
Ce qu’il faut retenir
- « Lâcher prise » est trop vague pour agir : commencez par préciser sur quoi, dans quelles situations, avec des phrases concrètes.
- Dans la plupart des cas, ne pas arriver à lâcher prise, c’est tout tenir. Autrement dit, c’est de l’hyper-contrôle.
- Le contrôle sert à se protéger d’émotions qu’on n’a pas appris à vivre.
- Ce n’est pas une fatalité : on en sort par l’action, avec de petites actions régulières plutôt qu’un grand saut.
Si vous vous reconnaissez dans ce besoin de tout tenir, l’accompagnement de 4 mois est conçu pour ce travail dans la durée. Vous pouvez aussi commencer par une séance individuelle.
